J'avais remarqué ces jours-ci, des affiches comme des invitations formulées par Frédéric Mistral et sa femme :ils nous attendaient chez eux à Maillane ce samedi 17 mai pour une soirée animée par l'atelier du costume.
Curieux de nature et amoureux du costume du pays d'Arles, je me suis présenté à la tombée de la nuit au portail du musée.
Je rencontre d'abord, quelques joueurs de boules, gouailleurs et bruyants et une jardinière ratissant soigneusement les graviers de l'allée.
Quelques pas encore et me voilà face à la maison, entouré de personnages d'autrefois ; ils étaient vraiment là, comme ramenés du passé par un savant fou et son hypothétique machine à remonter le temps.
Devant la statue de Mistral, une charmante mamé apprend à broder à sa petite fille. A côté, devant la pompe, des femmes agenouillées dans des « gamates », frottent au savon des chemises et des draps, une planche à repasser et des fers que l'on chauffe sur un réchaud à pétrole et voilà le linge repassé et prêt à retourner dans les armoires.
Sous le figuier, la soupe de pois chiche qui mijote sur le poêle à bois, le gratin de morue aux poireaux dans le four et la « berlinguette » (fricot d'épinards) servie avec des croûtons et des œufs durs, réminiscence d'une époque où aucun minuteur n'égrenait ses minutes impatientes.
A l'intérieur, des lampes à pétrole diffusent avec parcimonie une douce lumière.
Dans la bibliothèque, des personnages se relaient pour lire de la prose et des vers, morceaux choisis parmi les œuvres de Mistral.
Dans le salon, des hommes alanguis sur les fauteuils et des femmes en train de broder, écoutent de la musique, sortie d'un vieux phonographe.
Je gravis l'escalier en me demandant ce qui pouvait bien m'attendre là-haut et je ne suis pas au bout de mes surprises. Dans une chambre, de belles femmes, en jupons et cache-corsets se coiffent devant le miroir tout en bavardant gaiement.
Dans la chambre de Frédéric, balai et plumeau maniés avec adresse soulèvent une aérienne poussière. Et, ravissement suprême, dans la dernière chambre se trouvent de jeunes virginenco en déshabillé auxquelles la mère apprend à monter les bandeaux, poser le ruban et plisser le fichu.
Je redescends l'escalier, poursuivi par le froufrou des jupons et les rires cristallins de ces demoiselles en fleurs.
Je ressors dans la pénombre du jardin face à la statue de Mistral, négligemment appuyé, sa jambe repliée ; il semble comblé par tout ce remue-ménage dans sa maison trop souvent silencieuse.


